La passion du patrimoine, le devoir de transmission

© F.Pattou

Plus de 300 édifices classés Monuments historiques, 125 sites labellisés « Patrimoine en Isère », 70 musées… 50 000 ans d’occupation humaine ont laissé en Isère un legs impressionnant. Le Département s’attache à le préserver et à le faire vivre.

De la cité antique de Vienne à Grenoble la « technologique », les Isérois n’en finissent pas de découvrir des pépites, que ce soit lors des Journées européennes du patrimoine ou au cours des expositions et animations organisées toute l’année partout sur le territoire. 

Depuis quarante ans, la passion des vieilles pierres ne se dément pas. Et la notion de patrimoine s’est étendue : aux traditionnels châteaux et églises protégés par l’État sont venus s’ajouter des fermes, des usines, des cinémas Art déco, des objets liés à de vieux métiers…

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Au Mottier, le château médiéval des seigneurs de Bocsozel (XIIe siècle) domine la plaine du Liers. Il est l’un des 125 sites labellisés « Patrimoine en Isère » par le Département. © F.Pattou

En 2007, le Département de l’Isère a créé son propre label afin de distinguer tous ces édifices d’intérêt départemental méritant d’être préservés dans les règles de l’art. Des aides sont aussi apportées au patrimoine dit de proximité (églises, halles, lavoirs…), qui fait le charme de nos villages.

Protéger notre patrimoine, c’est ressentir que l’on est un maillon d’une chaîne qui commence avant nous et se poursuivra après nous. C’est participer à la préservation de notre identité

Jean-Pierre Barbier

Président du Département de l'Isère

En France, la prise de conscience remonte à loin. Déjà, dans un rapport de 1794, l’abbé Grégoire alertait sur les “destructions opérées par le vandalisme” et sur la nécessité pour l’État de protéger ses chefs-d’œuvre en péril. Dans les années 1830, François Guizot, ministre de Louis-Philippe, instaure le poste d’inspecteur général des Monuments historiques. 

Prosper Mérimée, nommé en 1831, va ainsi contribuer au sauvetage de plusieurs édifices majeurs en Isère : le temple d’Auguste et Livie à Vienne (seul temple de ce type encore debout avec la Maison carrée de Nîmes), l’abbatiale gothique de Saint-Antoine-l’Abbaye et l’église romane de Saint-Chef figurent à son premier inventaire.

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Le temple romain d’Auguste et Livie, à Vienne. © F.Pattou

Chefs d’œuvre en péril et mobilisation citoyenne

Près de deux siècles plus tard, ces joyaux font toujours la fierté de l’Isère. Le village médiéval de Saint-Antoine, élu en 2025 « préféré des Français », attire désormais 250 000 visiteurs par an. 

En 2020, il aura fallu toutefois à nouveau une forte mobilisation pour sauvegarder les riches décors sculptés de la façade principale de l’abbaye. Porté par le Département en sa qualité de maître d’ouvrage, le chantier a été sélectionné par le Loto du patrimoine : les Antonins n’ont eu à payer que 1 % du coût total de la facture. 

Tous les chantiers n’ont certes pas la même aura médiatique. En Isère, la Fondation du patrimoine comptabilise ainsi une cinquantaine de cagnottes en cours, pour des édifices aussi divers que les fontaines de Mens, l’église de Moras, la tour Perret ou encore le châtel de Theys… “Grâce à la générosité des habitants et des mécènes, nous arrivons à financer de 10 à 15 % du montant des travaux”, affirme Denis Bellon, délégué départemental de la fondation. 

Plus de 25 000 euros ont ainsi été récoltés pour restaurer le clocher de l’église de Clelles (inscrit aux Monuments historiques), en complément des aides de l’État, du Département et de la Région. Les villageois de l’association Culture et Montagne ont aussi organisé des concerts et des ventes de caillettes au profit de leur carillon. “Nous constatons une sensibilité accrue de la part des citoyens et des élus à la valeur de leur patrimoine”, confirme Ingrid Caillet-Rousset, présidente de la Fédération des associations patrimoniales de l’Isère. 

Créée en 2000, cette structure quasi unique en France épaule plus d’une centaine d’associations adhérentes dans le montage de leurs dossiers d’aides, avec une quinzaine d’administrateurs bénévoles sur le territoire isérois. Pour le Département, pilier de la préservation et de l’animation du patrimoine, ces associations constituent un appui et un relais précieux. 

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Le domaine de Moly Sabata, à Sablons, sur les bords du Rhône, résidence d’artistes. © R.Juillet

L’enjeu est aussi de valoriser cet héritage. Outre son propre réseau de musées, il accompagne une trentaine de musées publics ou associatifs et coordonne les grands événements nationaux autour du patrimoine.

Restaurer le patrimoine, le faire vivre, cela participe à embellir notre cadre de vie, à perpétuer des savoir-faire ancestraux et à créer des emplois non délocalisables…

Jean-Pierre Barbier

Président du Département de l'Isère

"Patrimoine : 723 édifices restaurés en 11 ans"

Patrick Curtaud

Vice-président du Département chargé de la culture, du patrimoine, du devoir de mémoire et de la coopération internationale

IsèreMag

Le Département brille depuis longtemps pour son engagement en faveur du patrimoine isérois public et privé. Quel bilan tirez-vous après onze ans de mandat ?

Patrick Curtaud

Depuis 2015, le travail accompli est énorme : nous aurons investi 27 millions d’euros dans la restauration de 723 édifices publics et privés en accompagnant les propriétaires sur les plans technique et financier, sans oublier toutes nos actions pour contribuer à la valorisation de ce patrimoine. Notre apport a été décisif pour de nombreux chantiers emblématiques en cours, comme ceux de la tour Perret à Grenoble, de l’abbatiale de Saint-Antoine-l’Abbaye ou encore les fouilles archéologiques de La Grande Rivoire…

Patrick Curtaud

Vice-président du Département chargé de la culture, du patrimoine, du devoir de mémoire et de la coopération internationale

IsèreMag

Le Département brille depuis longtemps pour son engagement en faveur du patrimoine isérois public et privé. Quel bilan tirez-vous après onze ans de mandat ?

Patrick Curtaud

Depuis 2015, le travail accompli est énorme : nous aurons investi 27 millions d’euros dans la restauration de 723 édifices publics et privés en accompagnant les propriétaires sur les plans technique et financier, sans oublier toutes nos actions pour contribuer à la valorisation de ce patrimoine. 

Notre apport a été décisif pour de nombreux chantiers emblématiques en cours, comme ceux de la tour Perret à Grenoble, de l’abbatiale de Saint-Antoine-l’Abbaye ou encore les fouilles archéologiques de La Grande Rivoire…

IsèreMag

En 2025, compte tenu des incertitudes sur le budget de l’État, vous avez souhaité faire une pause sur l’instruction de nouveaux dossiers, en poursuivant les chantiers engagés et votés. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Patrick Curtaud

La pause est terminée ! Elle nous a permis de faire le point et de définir notre politique pour l’avenir. Sur le budget 2026, malgré les contraintes qui continuent de peser sur nos finances, nous continuerons ainsi de soutenir les travaux sur les Monuments historiques, sur les édifices labélisés « Patrimoine en Isère » et sur le patrimoine de proximité. 

Les travaux urgents et les interventions sur le clos et le couvert seront priorisés. Et l’aide du Département sera bonifiée pour les petites communes propriétaires d’édifices exceptionnels, tels que l’église abbatiale de Saint-Chef, le châtel de Theys, le château de Bressieux, l’Arthaudière à Saint-Bonnet-de-Chavagne… 

Nous continuerons par ailleurs de valoriser notre propre patrimoine et notamment nos onze musées : le musée d’Histoire de Vienne devrait ouvrir en 2028 et ce sera le douzième musée départemental.