Médaillée d’or au Concours général agricole, l’huile de noix du Moulin de Tencin perpétue un savoir-faire vieux de 150 ans. Derrière cette récompense, un moulin préservé, une moulinière passionnée et un couple qui réalise son rêve.
Le Moulin de Tencin, un patrimoine vivant du Grésivaudan
“Vous allez voir ; ici, le temps s’est arrêté. Tout est resté dans son jus”, prévient Pascal Latgé en poussant la porte du Moulin de Tencin, à quelques pas de l’épicerie du même nom. À l’intérieur, la pierre de meule, taillée dans la roche du col du Coq, tourne toujours dans ce bâtiment de 1875, ancienne dépendance du château de Tencin. Alimenté par le béal qui actionnait jadis la turbine, ce moulin compte parmi les plus anciens du Grésivaudan.
Un changement de vie
Lorsque Pascal et son épouse Valérie reprennent les lieux en 2023, c’est presque un cadeau du destin. Originaires du Tarn, installés au bord du bassin d’Arcachon, ils souhaitent se rapprocher de leur fille, établie en Isère. En cherchant une maison, ils s’arrêtent devant le magasin. “C’est exactement l’épicerie dont je rêverais”, glisse Valérie. Pascal lance : “Vous ne vendriez pas ?” Quelques mois plus tard, ils reprennent le Moulin de Tencin.
Ancien sommelier, passé notamment par le Ritz et le restaurant trois étoiles de Michel Guérard, puis spécialiste de la tonnellerie pour les grands domaines viticoles, Pascal retrouve ici sa passion du terroir et des savoir-faire. Avec Valérie, cuisinière de métier, ils réalisent leur rêve d’épicerie fine tout en redonnant vie au moulin.
Un savoir-faire qui se perpétue
La moulinière Cécile Petitdidier, docteure en chimie de formation, perpétue depuis six ans le savoir-faire transmis par son prédécesseur. Les cerneaux de noix AOP de Grenoble bio, issus de la maison Fontana à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, sont broyés sous la meule, puis torréfiés au feu de bois sur une plaque de fonte à 82 °C, pour développer les arômes sans altérer leurs qualités nutritionnelles. La pâte est ensuite pressée hydrauliquement. Après quinze jours de repos en cuve, l’huile est mise en bouteilles, non filtrée. Quelque 600 litres ont été produits cette année, récompensés par la médaille d’or du Concours général agricole. Le jury a salué “un bel équilibre entre la noix et le grillé, une belle longueur, délicate”. Pour Pascal, “une huile de noix se goûte comme un grand vin. On parle de terroir, d’équilibre, de longueur en bouche”.
De décembre à avril, particuliers et nuciculteurs viennent aussi faire presser leurs cerneaux « à façon » : 5 tonnes ont été transformées cette année. Beaucoup restent regarder la meule tourner. Certains, aujourd’hui octogénaires, retrouvent les gestes observés autrefois auprès de leur grand-père.
Un patrimoine à découvrir
L’huile de noix médaillée d’or est aujourd’hui vendue exclusivement au Moulin de Tencin. Elle devrait bientôt rejoindre quelques épiceries fines en Isère et en Savoie. Les curieux peuvent aussi découvrir les coulisses de cette fabrication lors des portes ouvertes organisées un samedi par mois, de décembre à juin.
L’épicerie du Moulin de Tencin
Le Moulin de Tencin, c’est aussi une épicerie fine indépendante, située à quelques mètres de l’huilerie. Plus de 1 000 références y mettent à l’honneur les producteurs locaux, les spécialités de la région et quelques pépites venues d’autres terroirs français (riz de Camargue, canard du Sud-Ouest …). On y trouve les huiles du moulin, 25 variétés de farine, une dizaine de produits de la marque IS HERE, des fromages, charcuteries, fruits et légumes de saison, ainsi qu’une cave de 80 vins, sélectionnés par Pascal en direct des vignerons, tous à moins de 25 euros. L’épicerie privilégie les produits de qualité, les circuits courts, le vrac et les rencontres avec les producteurs.