1905-2026 : comment l’Isère est entrée dans l’histoire de la Grande boucle

  • Sport
© ©Caroline Thermoz-Liaudy

Publié le 04 juin 2026

Les premières ascensions alpines du Tour de France remontent au début du siècle dernier, et déjà l’Isère était du tracé. D’éditions en éditions, les pelotons se sont succédés sur les routes de montagne, jusqu’à se hisser au sommet de l'Alpe d'Huez.

1905. C’est dès le début du siècle dernier que le parcours du Tour de France mène pour la première fois un peloton dans une ascension alpine, celle du col de Laffrey en Isère. Le 15 juillet 1905 pour être précis, pour la troisième édition de la grande boucle. C’est Louis Trousselier qui remportait l’étape (comme cette édition du Tour), qui s’achevait pour la première fois à Grenoble.

La capitale des Alpes deviendra vite une incontournable : avec 41 passages, Grenoble est la quatrième ville la plus traversée par la course depuis sa création (derrière Bordeaux, Pau, et Bagnères-de-Luchon).

 

Grenoble : ville du premier maillot jaune

Si la capitale iséroise s’est inscrite aussi durablement dans l’histoire du Tour, c’est aussi un peu par hasard. En effet, en plus d’être le théâtre d’étapes de montagne, en 1919 elle devient la ville du premier maillot jaune de l’histoire. À cette époque, alors que tous les cyclistes courent avec un maillot identique, le patron du consortium cycliste à l’initiative de la course, Alphonse Baugé, a l’idée d’habiller le leader du classement général en jaune, afin qu’il soit mieux identifié par les spectateurs. L’idée est aussitôt adoptée. Et c’est à Grenoble, au départ de la 11e étape, qu’il est remis pour la toute première fois à Eugène Christophe, le 19 juillet. Au départ, un incroyable coup marketing, aujourd’hui, un symbole.

Fausto Coppi à l’Alpe d’Huez : du Tour de France au tour de force

Aujourd’hui, l’aura iséroise dépasse la ville-centre. En Oisans, l’Alpe d’Huez est plus qu’une étape, c’est un rendez-vous du Tour. Tant et si bien que pour la deuxième fois, la commune n’apparaît pas une, mais deux fois sur le tracé 2026. Mais il est une époque où avaler à vélo les 21 lacets n’était pas une évidence. Dans les années 1950, la station iséroise est connue pour le ski. Rien que pour le ski. Alors quand en 1952, le tracé de la grande boucle donne rendez-vous au peloton en haut de l’« Alpe », pour une étape de 266 km au départ de Lausanne, l’Italien Fausto Coppi s’y voit déjà. Cette première montée vers une station, elle sera pour lui, et pour la postérité ! 

D’autres champions s’offriront des victoires historiques sur les routes de l’Isère. En 1962, Raymond Poulidor déjà champion de France sur route l’année précédente, s’aligne pour la première fois sur le départ de la Grande boucle.  Blessé à la main suite à une chute mais bien décidé à s’offrir une victoire d’étape, il choisit la Chartreuse comme terrain de jeu pour faire la démonstration de ses qualités. Le col de Porte, celui du Cucheron et du Granier ne lui résistent pas. Il termine seul à Aix-les-Bains, dans la Savoie voisine.

1970 et 1971 : le pire et le meilleur du Tour de France de Bernard Thévenet à Grenoble

Jusqu'en 1977, lors des victoires en Tour de France, le gagnant remportait une plaque commémorative. © Caroline Thermoz-Liaudy

Pour les coureurs, les étapes se suivent et ne se ressemblent pas, et les souvenirs comme le moral oscillent entre le très haut, et le très bas, à l’image de l’alternance de cols et de plaines qui ont écrit leurs carrières. Bernard Thévenet – qui a adopté l’Isère autant que l’Isère l’a adopté – en a fait l’expérience à Grenoble, à un an d’écart. « En 1970, pour ma première année chez les pros et mon premier Tour de France, une épreuve arrivait à Grenoble. On partait de Haute-Savoie, mais j’ai crevé dans la montée du col de Leschaux. J’ai été lâché jusqu’à l’arrivée, où j’ai terminé tout seul avec au moins un quart d’heure de retard sur le premier. Ça n’est pas mon meilleur souvenir ». Son deuxième passage était le bon. L’année suivante en 1971, il remporte l’étape au vélodrome Charles-Berty.

Et puis il y a eu l’Alpe d’Huez en 1977.

C’est un bon souvenir puisque j’avais le maillot jaune sur le dos, et malgré une coalition contre moi, j’ai réussi à le conserver pour huit secondes. Mais c’est le jour où j’ai le plus souffert de ma vie.

Bernard Thévenet

Ancien champion cycliste, double vainqueur du Tour de France

Ce jour-là, l’Isérois d’adoption fait partie d’une échappée avec deux Hollandais et un Belge. Mais il fait le travail tout seul, les trois autres refusant de contribuer à l’effort, tout au long de l’étape. « Arrivé au pied des 21 virages, j’étais cuit ! Mais les Hollandais, qui étaient frais, m’ont attaqué, et même virtuellement repris le maillot. Mais je me suis battu, j’ai souffert, et finalement je l’ai gardé. ». Quelques jours plus tard, il portait le même maillot jaune sur les Champs-Elysées. « Arrivé au sommet de l’Alpe d’Huez, j’étais très en colère, mais tellement fatigué que je n’ai même pas pu le manifester. »

Bernard Thévenet au sommet lors de sa victoire d'étape à l'Alpe d'Huez. © Archive diffusée lors de la présentation du Tour Aura 2026

Issu d’une famille d’agriculteurs, Bernard Thévenet est venu au cyclisme grâce au Tour de France. « On ne suivait pas le sport, sauf le Tour. A l’âge de 13 ans, le peloton est passé devant la ferme de mes parents, ça m’a fait rêver » se souvient-il. Aujourd’hui, il contribue à la faire vivre, puisqu’il s’occupe des relations publiques pour ASO.

Hinault et LeMond : main dans la main sur la ligne d’arrivée

D’autres étapes et d’autres éditions ont été très disputées. On se souvient du Tour 1986 comme le théâtre d’un affrontement entre un champion confirmé, Bernard Hinault, et un jeune talent prêt à inscrire son nom dans l’histoire du cyclisme, Greg LeMond. Au fil des étapes, le maillot jaune change régulièrement d’épaules entre les deux champions. Mais au cours de la 18e étape, entre Briançon et l’Alpe d’Huez, les deux champions s’étant débarrassé de la concurrence, franchissent main dans la main la ligne d’arrivée. L’histoire retiendra la victoire d’étape pour le Français, et le maillot jaune pour l’Américain. 

2020 : le silence de la Grand Boucle

En 2020, le Tour aussi a dû s’adapter au Covid. Confinement oblige, la course a été décalée au mois de septembre, dans un format presque réduit au huis-clos. Mais l’Isère, elle, n’a pas fait défaut. Toujours au rendez-vous du Tour, elle en accueillait deux étapes, dont une 100 % iséroise entre La Tour-du-Pin et Villard-de-Lans. Une étape où était aligné Nans Peters.

C’était une étape particulière car les coureurs ne pouvaient pas entrer en contact avec le public. Mais ça a été un vrai plaisir de courir sur ces routes que je connaissais par cœur, avec des gens qui me soutenaient. C’est un petit frisson supplémentaire.

Nans Peters

Ancien cycliste professionnel.

Coureur pro de 2017 à 2025, il a pris sa première licence à Jarrie en 2002, à l’âge de 8 ans. « Au départ, c’était pour faire comme mon grand frère. Le Trièves et ses routes sinueuses, au milieu de jolis paysages… C’est un endroit parfait pour rouler, même s’il y a beaucoup de dénivelé ». De courses en courses, il a intégré la réserve de l’équipe professionnelle AG2R-la Mondiale, puis en 2017, l’équipe professionnelle. 

Nans Peters : « Le sport, c’est l’école de la vie »

C'est dans le Trièves que l'Isérois Nans Peters a pris la passion du vélo. © DR

Nans Peters a passé neuf années avec l’élite du cyclisme, et dans ce parcours, il aura signé une victoire sur le « Giro » en 2019, et une sur la Grande boucle, en 2020. « Ce n’était pas dans les Alpes, mais dans les Pyrénées, mais ça reste mon plus beau souvenir du Tour. Issu d’une échappée détachée dès le début de l’étape. Avec mon statut de néophyte, j’ai probablement abordé ce tour de manière totalement décomplexée. J’ai tenté sans rien m’interdire, et ça m’a souri. »

Ambassadeur sport du Département de l’Isère durant plusieurs années, Nans Peters a voulu promouvoir les valeurs du cyclisme. « Le sport c’est l’école de la vie et le dépassement de soi. Ça donne des objectifs.  Je continue ponctuellement à me rendre sur certains événements du Département, cette année sur la dictée du Tour par exemple » explique ce jeune retraité reconverti en gestionnaire de patrimoine, qui ne pédale plus que trois fois par semaine, pour le plaisir.

A l’évocation de ces figures du Tour, de ces étapes mythiques, les images reviennent parfois en noir et blanc. Elles racontent l’histoire du cyclisme mondial qui s’est en partie écrite sur les routes iséroises. Elles racontent surtout la vie de tant d’Isérois qui, hier comme demain, se sont assis au bord des routes, en famille ou entre amis pour voir passer la caravane publicitaire. La vie des enfants en vacances, que les grands-parents « emmènent voir le Tour de France ». De ceux qui attendaient et attendent encore ces jours d’été comme des jours de fête populaire. Les souvenirs de ceux que le vélo n’attire que peu, mais qui viennent profiter de l’ambiance. Comme des rouleurs amateurs plus conscients que les autres de la dureté des efforts fournis par chaque cycliste du peloton, y compris les bons derniers. Et vous, quel est votre souvenir du Tour ?

Les chiffres du Tour de France en Isère

  • 41 Grenoble, 41 fois ville étape dont 5 fois ville de départ

  • 31 Le nombre de fois où l’Alpe d’Huez a été ville-étape avant l’édition 2026

  • 1977 la seule année avant 2026 où Voiron a été ville étape. C’était pour le départ d’une étape entre Voiron et Saint-Etienne

Dossier : l'Isère à vélo

Des berges du Rhône aux cols de l’Oisans, entre plaines et montagnes, l’Isère déroule 370 kilomètres de voies vertes et d’itinéraires cyclables pour les amoureux de la petite reine. Balade familiale, itinérance au long cours, « vélo taf » quotidien ou courses sportives… le Département trace la route à tous les cyclos avec une ambition réaffirmée : positionner l’Isère comme LA terre de vélo !

Par: Caroline Thermoz-Liaudy