L’accueil de la maison départementale de l’autonomie (MDA) sera exceptionnellement fermé au public le lundi 23 février 2026 de 14h30 à 17h30.
Besoin de se dépasser, de se confronter à plus grand que soi, jusqu’au vertige. Depuis la nuit des temps, les sommets attirent, appellent et fascinent ceux qui vivent à leurs pieds. Avec ses quatre massifs et ses belvédères vertigineux, l’Isère invite naturellement à lever les yeux : de Sablons, sur les bords du Rhône (134 mètres d’altitude), au pic Lory, dans la barre des Écrins (4 088 mètres), notre département se distingue par ses 3 954 mètres de dénivelé !
Palette des formes et des couleurs, enchevêtrement des cimes : visibles à des kilomètres à la ronde, depuis le nord du département, les montagnes, ces « monstres cosmiques » autant majestueux qu’effrayants, ont aussi forgé l’imaginaire et le tempérament des Isérois.
1492, naissance de l’escalade
La conquête des sommets commence ici bien avant l’invention officielle de l’alpinisme, dès 1492.
Tandis que d’autres se préparent à découvrir l’Amérique, le Lorrain Antoine de Ville, sur ordre du jeune roi Charles VII, réussit dans le Trièves la première ascension mondiale d’une montagne, le mont Aiguille, au moyen d’échelles de bois !
Cet obélisque de calcaire détaché du Vercors, culminant à 2 087 mètres de hauteur, était pourtant réputé inaccessible, inspirant par sa forme étrange toutes sortes de légendes.
Selon certains, sa prairie sommitale était habitée par des nymphes…
À défaut de créatures fantastiques, le hardi capitaine, accompagné d’une équipe de villageois, découvrit un « îlot de verdure suspendu en plein ciel peuplé de lys, d’oiseaux parfumés et de chamois célestes dont on se demande s’ils ont été amenés là par des aigles… Le plus beau lieu que je vis jamais », consigna-t-il dans une lettre adressée au parlement de Grenoble.
Premiers de cordées
Au XVIIIe siècle, dit des Lumières, ce monde givré et féérique va devenir un sujet d’étude scientifique.
Des gentlemen en redingote bardés d’instruments de mesure viennent arpenter les massifs de la région, tel le physicien et naturaliste genevois Horace Bénédict de Saussure, pionnier de la géologie alpine. En 1787, le récit de ses premières ascensions au mont Blanc fera date.
À mesure que les miasmes de la révolution industrielle noircissent le ciel et les poumons des citadins, l’eden alpin devient synonyme de pureté originelle, attirant une élite fortunée en quête de vertige.
En 1877, Pierre Gaspard, chasseur de chamois de Saint-Christophe-en-Oisans, et son fils escortent ainsi le jeune Boileau de Castelneau jusqu’au Grand Pic de la Meije, encore inviolé. Le deuxième plus haut sommet des Écrins (3 983 mètres) est convoité par les alpinistes du monde entier, et les Gaspard, en le vainquant, vont entrer dans la légende.
Aux origines du ski et des premiers refuges alpins dans les Écrins
Peu de temps auparavant, non loin de là, leur ami Henry Duhamel vient d’inventer le ski sur les pentes de Chamrousse.
Il fonde, avec quelques autres passionnés, la section iséroise du Club alpin français, qui va construire des refuges d’altitude un peu partout dans le massif des Écrins : l’abri du vallon de Bonnepierre et le refuge du Carrelet ouvrent dès 1879, suivis par celui de la Lavey et celui du Chatelleret… Le premier refuge du Promontoire, accroché à l’arête montant à la Meije, à 3 100 mètres d’altitude, est quant à lui édifié en 1901 !
L’ingéniosité technique au sommet
L’aménagement de la montagne va connaître un nouveau tournant grâce à l’invention d’un autre Isérois d’adoption, Jean Pomagalski. Son premier téléski à perche artisanal, installé à l’Alpe-d’Huez sur les pentes de l’Éclose, monte les skieurs sur 215 mètres et 64 mètres de dénivelé !
Un siècle plus tard, Poma, l’entreprise qu’il a créée, équipe les pentes du monde entier avec des engins toujours plus performants : le Jandri Express, inauguré en janvier dernier aux Deux-Alpes, franchit 1 600 mètres de dénivelé sur 6,4 kilomètres de distance en dix-sept minutes !
Le téléphérique fonctionne hiver comme été, propulsant skieurs, vététistes ou randonneurs avides de fraîcheur à 3 200 mètres d’altitude, non loin du point culminant de l’une des plus hautes stations de France.
Depuis le glacier juste au-dessus, le panorama est époustouflant.
La montagne pour refuge
Au XXIe siècle, l’ère des grandes explorations est bien révolue. L’appel des cimes n’est plus réservé à une élite aventureuse. Plus accessible, la montagne attire toujours davantage de touristes en quête de fraîcheur et de reconnexion avec la nature – deux Français sur trois y ont séjourné en 2024, selon une enquête d’Atout France, dont la moitié en été et l’autre en hiver.
Mais le climat change à vue d’œil et le grand défi est maintenant de préserver ce qui fait l’attrait et la beauté de ces vastes espaces d’altitude. La catastrophe de la Bérarde nous rappelle la force des éléments et la fragilité de ces décors majestueux qui nous dépassent. Entre canicules et crues torrentielles, les glaciers fondent et la neige se fait désirer.
Vers un tourisme 4 saisons
Les stations d’altitude doivent se réinventer en dehors du tout‑ski pour arriver à vivre toute l’année. Les initiatives et les idées ne manquent pas en Isère : différents modèles économiques se dessinent selon les massifs, pour pouvoir vivre aux quatre saisons. Pas de recette magique, mais beaucoup de réalisme, d’ambition et d’innovation aussi ! Depuis 7 000 ans, les populations alpines ont toujours su s’adapter et déplacer les montagnes face aux défis qui se posent à elles.
À visiter : L'exposition "Alpins, 7 000 ans d'histoires"
Au Musée dauphinois, à Grenoble
(entrée gratuite tous les jours)
La Bastille : une montagne en pleine ville
Grenoble, ville la plus plate de France, a aussi pour particularité d’être la seule adossée à une montagne : partant des quais de l’Isère via les sentiers boisés, on rejoint le GR9 pour arriver au mont Rachais, à 1 049 mètres d’altitude, dans le parc naturel régional de Chartreuse.
Pas obligé de pousser jusque là pour profiter de la vue. Depuis le belvédère au sommet du téléphérique, le panorama s’ouvre à 360 degrés sur les massifs qui entourent la capitale des Alpes. Avec son microclimat méditerranéen, la Bastille apparaît comme une bulle de nature salutaire, riche en biodiversité.
L'évolution de la Bastille à Grenoble : de Lesdiguières à Vauban et Haxo
À l’origine, la première forteresse érigée par Lesdiguières, en 1591, n’avait pourtant rien de bucolique. En cette période des guerres de Religion, il s’agissait alors de protéger la ville des invasions de tous bords en y apposant des canons : le royaume de Savoie (qui deviendra français seulement en 1860) était tout sauf un voisin amical. Sous Louis XIV, un siècle plus tard, le célèbre Vauban, en visite à Grenoble, projeta l’édification d’une citadelle plus solide : « La Bastille n’est qu’un mauvais réduit (…) sans art ni raison et gouverné par un vigneron, avec douze vaches et huit chèvres, une cavale et une bourrique pour toute garnison ! » Mais c’est seulement au XIXe siècle que le chantier fut réellement mis en oeuvre, sous l’égide du général Haxo : l’ouvrage fut considéré comme une prouesse technique. Il se révéla toutefois très vite obsolète face à l’artillerie de longue portée et aux obus explosifs.
Le téléphérique de la Bastille : un symbole emblématique de Grenoble depuis 1934
L’arrivée du téléphérique de la Bastille en 1934 (l’un des premiers téléphériques urbains au monde !) va offrir une nouvelle destinée au rocher grenoblois. Les fameuses « bulles » (qui datent de 1976) sont devenues l’emblème de la ville, assurant la montée en quatre minutes depuis les quais de l’Isère ! Chaque année, la Bastille attire 740 000 visiteurs.