Publié le 23 juin 2026
À Grenoble, L’Alchimisterie invente le pastis des montagnes. Installée au Minimistan, cette distillerie urbaine signe un pastis médaillé d’or au Concours général agricole, entre plantes alpines, savoir-faire et créativité.
Par : Sandrine Anselmetti
Une distillerie au cœur du Minimistan
Derrière une baie vitrée ouverte sur le bar du Minimistan, l’alambic attire l’œil. Ici, en plein centre de Grenoble, L’Alchimisterie affiche sa vocation : être une distillerie urbaine, visible et vivante. Son alambic « Rolls-Royce », tout en cuivre, a été fabriqué sur mesure en Allemagne et assemblé sur place pièce par pièce.Née en 2024, elle s’inscrit dans le projet du Minimistan, ce tiers-lieu de 4 000 mètres carrés installé dans un ancien couvent du XVIIe siècle, qui mêle restauration, bar, coworking et programmation culturelle autour d’une grande cour végétalisée.
Ça faisait sens avec le bar et l’esprit du lieu. On voulait une petite production, locale et artisanale, inspirée des montagnes.
Co-fondateur du Minimistan
Le pastis, signature primée
Petit à petit, l’idée d’un pastis revisité, enrichi de plantes alpines, prend forme. Gentiane, thé du berger, carvi… au total, une dizaine de plantes composent la recette.
On cherche la fraîcheur et la complexité, avec l’amertume de la gentiane. On garde une base classique, mais on apporte un twist et de la créativité avec différentes plantes des montagnes.
Distillateur de L’Alchimisterie
Le résultat séduit jusqu’au jury du Concours général agricole, qui lui décerne une médaille d’or en 2026. Une reconnaissance pour une distillerie à la production confidentielle : 5 000 bouteilles par an, dont 1 000 de pastis.
Dans les secrets de fabrication
Derrière ce pastis grenoblois, un processus rigoureux. Tout commence par une macération des plantes dans un alcool neutre à 96 degrés qui vient capter leurs arômes. Après une semaine, place à la distillation. “C’est un pilotage précis : température, degré d’alcool, expression aromatique…”, détaille Thomas. La vapeur est ensuite refroidie, puis le distillat réduit avec de l’eau, pour baisser le degré d’alcool, et du sucre pour gagner en rondeur. “On ne garde que le cœur de chauffe, la partie la plus aromatique.” Une seconde macération, notamment de réglisse et de gentiane, vient affiner le profil et donner sa teinte dorée au pastis. Tous les ingrédients sont bio, sauf l’alcool neutre, d’où l’absence de certification, mais le projet d’un passage au « tout-bio » est en cours.
Entre alchimie et expérimentation
Malgré la précision technique, une part d’imprévu subsiste pour chaque création de recette. “Il y a toujours un côté magique avec l’alambic. Entre cinq et sept essais sont parfois nécessaires. Ce qui me plaît, c’est de raconter une histoire avec les plantes”, résume Thomas. Il partage cet esprit dans les ateliers proposés au public, où chacun peut s’initier à la distillation et repartir avec son propre gin.
Une gamme en mouvement
À côté du pastis, L’Alchimisterie propose déjà un gin du Minimistan, un génépi et un amer à l’orange. D’autres créations arrivent : liqueur de sureau, vermouth, alcool de menthe ou cocktail prêt-à-boire type negroni. Des recettes souvent issues d’expérimentations, utilisant plantes locales et ingrédients revalorisés.