Publié le 09 sept. 2026
Convaincre des employeurs du secteur de l’aide à domicile de recruter des allocataires du RSA sans CV qui n’auraient eux-mêmes pas osé candidater… c’est le double pari d’une expérimentation démarrée en Nord-Isère par le Département. Du gagnant-gagnant !
Des entreprises d'aide à domicile qui peinent à recruter
Avec une expérience de vendeuse en boulangerie et 25 ans passés à élever seule ses cinq enfants, le curriculum vitae de Sylvie Meyer avait peu de chances d’intéresser un employeur. À 55 ans, après seulement deux entretiens (dont un à son domicile à l’heure du déjeuner !) et une semaine d’immersion en entreprise en novembre 2025, cette habitante de Morestel a pourtant signé un contrat à durée indéterminée avec Adomni, une société d’aide à domicile de 65 salariés qui intervient chez 300 bénéficiaires en Nord-Isère. Un an plus tard, elle affiche toujours un sourire rayonnant. « Je désespérais de sortir du RSA depuis un an quand ma référente emploi m’a informée d’une réunion collective avec plusieurs entreprises du secteur. J’ai trouvé ma vocation ! »
Changer le mode de recrutement
Sylvie fait partie des 16 ex-allocataires du RSA (Revenu de Solidarité Active) en six mois qui ont retrouvé un emploi durable, dans le cadre d’une expérimentation conduite par le Département de l’Isère sur les territoires du Haut-Rhône dauphinois et de Porte des Alpes. Objectif : accompagner les sociétés d’aide à domicile dans leurs pratiques de recrutement et d’intégration. « D’un côté, nous avons des entreprises qui peinent à recruter et à fidéliser leurs salariés. Et de l’autre, des personnes qui ont perdu confiance en leurs capacités et dont nous avons repéré le potentiel, résume Audrey Victoire, chargée de mettre en œuvre le projet pour le Département.
Pour les mettre en lien, nous cassons les codes du recrutement classique et faisons tomber les préjugés : il n’y a ni CV ni entretien formel.
Déjà 13 entreprises mobilisées
Depuis le lancement du projet en mai 2025, treize sociétés du secteur ont adhéré à la démarche. Sabrina Gaillard, directrice des ressources humaines chez Adomni, n’y voit que des avantages : « En moyenne, nous recevons dix candidatures par semaine. Quand on les contacte, la moitié nous répond et sur les cinq, une sur deux se présente au bout du compte ! Avec cette méthode, nous avons déjà intégré sept salariées très motivées et qui restent, avec des retours très positifs de nos bénéficiaires ! »
Des candidats motivés et fidélisés
Rentrée chez Adomni en octobre 2025, Nadia Torki, à Villefontaine, ne voulait pourtant plus entendre parler de ce métier malgré son diplôme d’auxiliaire de vie. « J’avais eu une mauvaise expérience en maison de retraite. Après la naissance de mes trois enfants et huit ans d’interruption, je pensais me reconvertir dans la comptabilité. Audrey m’a permis de réaliser qu’en réalité ce que j’aime faire, c’est aider les autres. Et j’ai rencontré un employeur à l’écoute, qui accepte d’adapter mon planning si j’ai un rendez-vous médical pour mon fils handicapé. Ça change tout ! »
En mai dernier, Delphine Hartmann, vice-présidente du Département en charge de l’autonomie et des handicaps et Christophe Charles, vice-président en charge de l’insertion, ont visité le plateau technique de la société Adomni et rencontré d’anciennes bénéficiaires du RSA recrutées dans le cadre de cette expérimentation. Le projet, lancé dans le cadre d’un appel de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) visant à améliorer l’attractivité des métiers de l’aide à domicile, répond à un double enjeu d’accompagnement des personnes âgées et handicapées et d’intégration des plus éloignés de l’emploi. Un bilan sera fait en décembre prochain.