Publié le 30 mars 2026
Le nom de François Kollar ne vous dit rien ? Ce photographe a pourtant joui d’une reconnaissance nationale avant la guerre, avec un reportage remarquable sur la France au travail. Le musée de l’Ancien Évêché le remet en lumière.
En 1924, quand il arrive à Paris, François Kollar a tout juste 20 ans et déjà l’ambition de devenir photographe professionnel. Après une première expérience chez l’imprimeur Draeger, le jeune Slovaque autodidacte, fils d’ouvrier, collabore avec des agences de publicité et des magazines de mode comme Harper’s Bazaar. Sens de la composition, maîtrise de la lumière, audace des cadrages : sa capacité à sublimer ses sujets et l’esthétique épurée de ses images sont vite remarquées !
En 1930, François Kollar a déjà participé à l’exposition internationale de photographie à Munich avec Germaine Krull, André Kertész et d’autres, quand les jeunes éditions des Horizons de France lui passent la plus grosse commande photographique encore jamais réalisée sur le thème du travail, appelée La France travaille.
Alors que les effets de la crise amorcée outre-Atlantique commencent à se faire sentir, le projet est de promouvoir une nation industrielle et agricole, fière de ses savoir-faire hérités de pratiques séculaires. L’éditeur a identifié 200 entreprises réputées dans une cinquantaine de départements, notamment dans l’Est et en région parisienne, et des métiers emblématiques.
Un portrait de la France laborieuse
Mineurs, métallos, cheminots, ouvriers agricoles, mariniers, dockers, artisans du livre… François Kollar, qui a lui-même travaillé aux usines Billancourt de Renault, a l’art de saisir les hommes et les femmes dans la noblesse de leur tâche, dans la conscience du geste à effectuer. Aucune considération sociétale ou misérabiliste.
Les portraits réalisés à la chambre photographique mettent en revanche un soin particulier à restituer les textures et les effets de matière, à exalter les corps. Un grand humanisme s’en dégage.
Au total, 10 000 clichés seront réalisés en quatre ans, dont 2 000 publiés. Le succès de l’ouvrage le consacre au rang des plus grands photoreporters de sa génération. Retiré dans le Poitou pendant la Seconde Guerre mondiale, François Kollar poursuivra ensuite son activité en France et à l’étranger jusque dans les années 1960, avant de tomber peu à peu dans l’oubli.
Il était temps de lui rendre justice : les 130 images exposées au musée de l’Ancien Évêché restent longtemps en mémoire après la visite.
François Kollar - Nous à l’œuvre
Jusqu’au 20 septembre 2026, tous les jours sauf le lundi.
Visites guidées sur inscription au 04 76 03 15 25 les premiers dimanches du mois à 16 h.
Musée de l’Ancien Évêché, 2, rue Très-Cloîtres, à Grenoble.
Entrée gratuite.