Publié le 08 sept. 2026
Depuis 2007, le photographe rencontre les sinistrés des inondations autour du monde. Par-delà les frontières, ses portraits, exposés au musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère, invitent à réfléchir sur la vulnérabilité humaine.
Une femme fume une cigarette sur sa terrasse, le corps immergé jusqu’à la poitrine dans une eau brunâtre. Nul besoin de mots, le regard frontal suffit à exprimer son désarroi face à la puissance des flots qui, en quelques heures, ont dévasté la ville de Rio Branco, dans le nord-ouest du Brésil, en mars 2015 – et la vie de centaines de milliers d’habitants. Temps suspendu, tout flotte autour d’elle comme autour de chacun des personnages saisis au milieu des eaux par Gideon Mendel, sur tous les continents coins d’une planète en crue.
Des visages sur les statistiques
Royaume-Uni, Inde, Haïti, Pakistan, Australie, Thaïlande, Nigeria, Allemagne, Philippines, Japon… en bientôt deux décennies, le photographe sud-africain a documenté pour sa série Drowning World les inondations dans treize pays du monde, rencontré et écouté des centaines de victimes. Partout, il a été interpellé par les mêmes regards, dont il a su restituer la force dans des portraits colorés très esthétiques qui captent l’attention. Hommes, femmes, enfants, blancs ou noirs de peau, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, ils forment une communauté humaine confrontée à la catastrophe. “J’ai voulu montrer les effets du changement climatique sur les individus, en mettant des noms et des visages sur les statistiques”, relate cet artiste humaniste multiprimé, exposé à l’international.
Un écho à l’histoire familiale de l’artiste
Dans l’écrin noir du musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère, ses images acquièrent une dimension supplémentaire, faisant écho à la propre histoire familiale de Gideon Mendel, marquée par la Shoah, et à celle de Gisela Pietsch-Marx, rencontrée lors des inondations de 2021 en Allemagne. L’installation Gisela’s Story, présentée dans l’une des salles, nous plonge dans la généalogie de cette femme, à travers ses photos de famille à moitié effacées par les eaux. “Son récit nous renvoie à la fragilité de notre mémoire collective et aux enjeux de la transmission”, souligne Alice Buffet, directrice du musée.
Déluge, une installation vidéo issue du projet Drowning World, offre une synthèse spectaculaire de l’œuvre de l’artiste, cinq écrans diffusant en simultané les images filmées sur différentes scènes de crues dans le monde. Du lever du jour à la tombée de la nuit, on retrouve les personnages des portraits en mouvement dans leur maison inondée, tentant de faire face. Et l’émotion nous submerge devant leur dignité.