L’hospitalité, une diplomatie du quotidien ?
Pour ce numéro spécial hospitalité, la rédaction du magazine Alpes isHere invite dans ses pages Philippe Bourdeau, professeur émérite à l'université Grenoble Alpes, installé depuis peu dans le Vercors.
Il partage ici une réflexion sur l’hospitalité, tirée de ses travaux de recherche sur les enjeux de transformation du tourisme et des loisirs.
"L’usage de la notion d'hospitalité se généralise dans la communication touristique et territoriale, pour exprimer l’aspiration à un ‘retour aux sources’ du sens de l’accueil des visiteurs et des nouveaux résidents. On ne compte plus les ‘académies’ et autres l...
Pour ce numéro spécial hospitalité, la rédaction du magazine Alpes isHere invite dans ses pages Philippe Bourdeau, professeur émérite à l'université Grenoble Alpes, installé depuis peu dans le Vercors.
Il partage ici une réflexion sur l’hospitalité, tirée de ses travaux de recherche sur les enjeux de transformation du tourisme et des loisirs.
"L’usage de la notion d'hospitalité se généralise dans la communication touristique et territoriale, pour exprimer l’aspiration à un ‘retour aux sources’ du sens de l’accueil des visiteurs et des nouveaux résidents. On ne compte plus les ‘académies’ et autres labels qui s’y réfèrent.
Plus encore qu'une compétence à acquérir, l'hospitalité est un état d'esprit, une attitude qui ne se limite ni à un slogan, ni à un protocole d’accueil normalisé. Définie comme l’« action de recevoir chez soi l'étranger qui se présente », elle a pour fondements historiques l’asile, la gratuité et une attitude altruiste, bienveillante et solidaire vis-à-vis des personnes rendues vulnérables par l’exil, la migration ou le voyage…
L’hospitalité est une épreuve relationnelle, un dérangement potentiel de nos routines. Elle oblige au compromis sous peine de malaise ou de conflit. Chacun doit participer à la cohabitation, s’adapter à l’autre, trouver la bonne distance entre intimité et sociabilité.
L’idée de recevoir l’autre comme on aimerait être reçu soi-même suggère aussi une réciprocité : l’hospitalité exige du respect et de l’attention de la part des personnes accueillies. De plus en plus, les visiteurs et voyageurs s’impliquent d’ailleurs dans la vie locale, pour aider à entretenir des sentiers, contribuer au ravitaillement d’un refuge, ou donner un coup de main à des bergers... On retrouve cette logique dans la communication du Massif du Vercors déployée après la crise sanitaire : « Le Vercors prend soin de vous, prenez soin de lui ».
Quand nous voyageons, nous ressentons l'hospitalité dans un regard, un mot, un geste ou un sourire, au-delà des différences culturelles et linguistiques. Nous constatons aussi qu’elle est ‘gratuite’ dans la mesure où la personne qui nous l’offre n’attend rien en retour, sinon le bonheur d’accueillir simplement l’étranger de passage.
Au moment où des concepts comme le ‘tourisme bienveillant’, le ‘tourisme inclusif’ ou le ‘tourisme régénératif’ cherchent à réhabiliter un tourisme de plus en plus critiqué pour ses excès et ses impacts, il semble nécessaire de renégocier en profondeur le contrat entre ‘visiteurs’ et ‘visités’. Ce chantier implique de dépasser une logique d’attractivité pour raisonner davantage en termes d’habitabilité, afin de réconcilier ‘devoir’, ‘vouloir’ et ‘pouvoir’ accueillir, en tenant compte des particularités de chaque territoire.
Avec pour horizon de construire des équilibres sociétaux et environnementaux plus soutenables. L’hospitalité ne fait-elle pas de nous des diplomates au quotidien, en nous apprenant à cohabiter avec les autres, pour vivre nos appartenances sans exclure ?"
A lire :
- Anne Gotman, Le sens de l’hospitalité. Essai sur les fondements sociaux de l’accueil de l’autre. Paris, Presses Universitaires de France, 2001.
- Michel Agier, L'Étranger qui vient. Repenser l'hospitalité, Le Seuil. 2018.
Pour ce numéro spécial hospitalité, la rédaction du magazine Alpes isHere invite dans ses pages Philippe Bourdeau, professeur émérite à l'université Grenoble Alpes, installé depuis peu dans le Vercors.
Il partage ici une réflexion sur l’hospitalité, tirée de ses travaux de recherc...
Pour ce numéro spécial hospitalité, la rédaction du magazine Alpes isHere invite dans ses pages Philippe Bourdeau, professeur émérite à l'université Grenoble Alpes, installé depuis peu dans le Vercors.
Il partage ici une réflexion sur l’hospitalité, tirée de ses travaux de recherche sur les enjeux de transformation du tourisme et des loisirs.
"L’usage de la notion d'hospitalité se généralise dans la communication touristique et territoriale, pour exprimer l’aspiration à un ‘retour aux sources’ du sens de l’accueil des visiteurs et des nouveaux résidents. On ne compte plus les ‘académies’ et autres labels qui s’y réfèrent.
Plus encore qu'une compétence à acquérir, l'hospitalité est un état d'esprit, une attitude qui ne se limite ni à un slogan, ni à un protocole d’accueil normalisé. Définie comme l’« action de recevoir chez soi l'étranger qui se présente », elle a pour fondements historiques l’asile, la gratuité et une attitude altruiste, bienveillante et solidaire vis-à-vis des personnes rendues vulnérables par l’exil, la migration ou le voyage…
L’hospitalité est une épreuve relationnelle, un dérangement potentiel de nos routines. Elle oblige au compromis sous peine de malaise ou de conflit. Chacun doit participer à la cohabitation, s’adapter à l’autre, trouver la bonne distance entre intimité et sociabilité.
L’idée de recevoir l’autre comme on aimerait être reçu soi-même suggère aussi une réciprocité : l’hospitalité exige du respect et de l’attention de la part des personnes accueillies. De plus en plus, les visiteurs et voyageurs s’impliquent d’ailleurs dans la vie locale, pour aider à entretenir des sentiers, contribuer au ravitaillement d’un refuge, ou donner un coup de main à des bergers... On retrouve cette logique dans la communication du Massif du Vercors déployée après la crise sanitaire : « Le Vercors prend soin de vous, prenez soin de lui ».
Quand nous voyageons, nous ressentons l'hospitalité dans un regard, un mot, un geste ou un sourire, au-delà des différences culturelles et linguistiques. Nous constatons aussi qu’elle est ‘gratuite’ dans la mesure où la personne qui nous l’offre n’attend rien en retour, sinon le bonheur d’accueillir simplement l’étranger de passage.
Au moment où des concepts comme le ‘tourisme bienveillant’, le ‘tourisme inclusif’ ou le ‘tourisme régénératif’ cherchent à réhabiliter un tourisme de plus en plus critiqué pour ses excès et ses impacts, il semble nécessaire de renégocier en profondeur le contrat entre ‘visiteurs’ et ‘visités’. Ce chantier implique de dépasser une logique d’attractivité pour raisonner davantage en termes d’habitabilité, afin de réconcilier ‘devoir’, ‘vouloir’ et ‘pouvoir’ accueillir, en tenant compte des particularités de chaque territoire.
Avec pour horizon de construire des équilibres sociétaux et environnementaux plus soutenables. L’hospitalité ne fait-elle pas de nous des diplomates au quotidien, en nous apprenant à cohabiter avec les autres, pour vivre nos appartenances sans exclure ?"
A lire :
- Anne Gotman, Le sens de l’hospitalité. Essai sur les fondements sociaux de l’accueil de l’autre. Paris, Presses Universitaires de France, 2001.
- Michel Agier, L'Étranger qui vient. Repenser l'hospitalité, Le Seuil. 2018.
Philippe Bourdeau Professeur à l'Université Grenoble Alpes