Publié le 21 nov. 2025
Après la diaspora arménienne ou grecque en Isère, les Italo-Grenoblois, les Français d’Isère et d’Algérie ou les Tsiganes, le Musée dauphinois, à Grenoble, nous invite à découvrir l’histoire et la culture juives entre Rhône et Alpes, d’hier à aujourd’hui.
Un présence deux fois millénaire
Sur 15 millions de Juifs dispersés autour du globe, ils seraient environ 6,5 millions en Israël, 6 millions aux États-Unis et 450 000 en France, ce qui en fait la troisième communauté juive dans le monde. Leur exil commence avant même la destruction du premier Temple de Salomon à Jérusalem, en 587 avant notre ère.
Leur présence entre Alpes et Rhône est deux fois millénaire, comme l’atteste la mise au jour récente, à Arles, du sarcophage de « Pompée la Juive », du IIIe siècle et d’autres vestiges. Les uns, venus du bassin méditerranéen, sont de culture séfarade ; les autres, arrivés de territoires s’étendant de la vallée du Rhin à la Russie, sont ashkénazes. Mais quelle place les Juifs occupent-ils au juste dans le récit national ? Comment vivent-ils leur judéité en Isère ? Autant de questions rarement posées, auxquelles s’emploie à répondre cette nouvelle exposition du Département au Musée dauphinois.
Le projet était engagé dès 2022. Comme à notre habitude, nous avons travaillé étroitement avec les associations et les populations concernées, à qui nous donnons la parole à travers des témoignages vidéo, une création radiophonique de Clémentine Méténier… Nous nous appuyons aussi sur les derniers apports historiques et archéologiques. Il s’agit de combattre les préjugés et les amalgames, dans une approche historique et culturelle.
Directeur du Musée dauphinois
Une histoire mouvementée
Conçue en partenariat avec le musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris, dirigé par Paul Salmona, avec les historiens Sylvie-Anne Goldberg et Tal Bruttmann, entre autres experts, la première partie de l’exposition tire le fil d’une histoire complexe qui a souvent déchiré les Français, de l’Antiquité jusqu’à l’affaire Dreyfus. La grande fresque en bande dessinée d’Anouk Glorieux montre de façon imagée combien ce récit est ainsi partie intégrante de notre culture et de notre identité.
Si le musée renvoie vers le musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère et met en avant les actes de la Résistance juive durant la Seconde Guerre mondiale, la bascule dans l’horreur est toutefois évoquée à travers différentes séquences, comme l’histoire d’Isaac Schneersohn, qui fonde à Grenoble le Centre de documentation juive contemporaine (CDJC, le futur Mémorial de la Shoah, à Paris) en avril 1943, alors que la ville est sous occupation italienne. Les preuves des crimes de la répression antisémite rassemblées par le centre serviront au procès de Nuremberg.
Des judéités multiples
Une large place est faite ensuite à l’évocation des différentes judéités et des rapports à la citoyenneté, aux traditions et à la religion. Là encore, le dessin de foule d’Anouk Glorieux reproduit sur l’affiche de l’exposition nous aide à embrasser cette diversité – que l’on retrouve dans le degré d’observance de la « cacheroute » (soit l’ensemble des lois et rituels alimentaires, vestimentaires et autres régissant la vie quotidienne).
“Dans une célèbre blague juive, un rabbin dit qu’il n’a qu’un seul Dieu et qu’il n’y croit pas : cela exprime bien cette distance prise souvent avec les textes sacrés, relève Franck Philippeaux, commissaire de l’exposition, et conservateur au Musée dauphinois. Nous avons d’ailleurs tenu à conserver les allusions à cet humour juif constitutif de sa façon de penser le monde. Et nous présentons également des actions menées par les associations culturelles qui aujourd’hui tentent de faire découvrir à chacun les apports du judaïsme par son universalité.”
Le Musée dauphinois veut y croire, sans aucun jugement ni parti pris politique. “La culture est notre meilleur rempart contre l’obscurantisme et les préjugés”, martèle d’ailleurs le président du Département, Jean-Pierre Barbier.
« Une histoire juive, 2000 ans de liens entre Rhône et Alpes. »
À partir du 28 novembre au Musée dauphinois, à Grenoble.
Entrée gratuite, tous les jours sauf le mardi, en 2025. Tous les jours sauf le lundi à partir de 2026.
Une salle pédagogique, animée par deux jeunes en service civique, invite à la réflexion sur les notions de citoyenneté et de laïcité.
À lire
Présences juives entre Alpes et Rhône depuis l’Antiquité
de Claude Héraudet (préface de Jean Guibal),
Collection Les Patrimoines, Éditions du Dauphiné Libéré.
Prix : 8,5 euros.