Jean-Pierre Michallat, au secours des bovins en souffrance

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À Moirans, Jean-Pierre Michallat, amoureux de la terre et de la nature, accueille et soigne depuis plus de vingt ans des animaux victimes de maltraitance. © R. Juillet

Elles s’appellent Automne, Belle-Île, Sixtine ou Margotte. L’une n’a qu’un œil valide, l’autre a un bout de queue manquant, la troisième a vu sa croissance stoppée par une maladie qui l’a fait naître avec six pattes ! Elles forment un petit troupeau d’une dizaine de bêtes très disparates en âge, en sexe et en race qui vit toute l’année au grand air au pied du Vercors. Elles sont les protégées de Jean-Pierre Michallat, 62 ans, “agriculteur à titre principal”, souligne-t-il.

En 1988, il reprend l’exploitation familiale située à Moirans et se déleste progressivement des quelques charolaises que lui avaient laissées ses parents. “Ce n’était économiquement pas viable”, poursuit-il. Il conserve la culture du maïs, y ajoute celle du soja (pour un total de 30 hectares) et garde 10 hectares de prairies. “Des terres qu’il fallait bien entretenir”, se souvient-ilC’est à ce moment que Max, un négociant en bétail bien connu, lui propose de prendre en pension des animaux issus d’élevage en difficulté. Une opportunité !

“Je ne suis qu’un maillon de la chaîne…”

“Comme j’ai toujours gardé de la nostalgie pour les bovins, ces ruminants tranquilles, ces pachydermes qui n’abîment pas les sols, j’ai accepté deux, puis trois bêtes et, finalement, j’en ai 10 aujourd’hui qui paissent dans mes prairies ainsi qu’une douzaine de chèvres.” C’est l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (Oaba), une association de protection des animaux de la ferme, qui lui confie les bestiaux victimes de maltraitance ou d’abandon de soins via un dispositif appelé le Troupeau du Bonheur. Jean-Pierre, comme tous les membres de l’Oaba, les soignera et les accompagnera jusqu’à leur fin de vie. Bon Samaritain ?

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Née en 2023 avec six pattes et opérée depuis, Sixtine se porte bien aujourd’hui, malgré un retard de croissance assez important. © R. Juillet

Il s’en défend. “Je ne suis qu’un maillon de la chaîne. Je facture, comme tous, 2 euros par jour et par animal à l’Oaba pour remettre en état ou conserver à vie ces animaux. Mais c’est vrai qu’ils sont touchants. Belle-Île a 20 ans, par exemple, et peu d’éleveurs peuvent se targuer d’observer des bovins si âgés. Ces animaux sont indispensables à notre écosystème et je suis fier de leur offrir une retraite heureuse.” 

Par: Richard Juillet