Publié le 17 nov. 2025
Sur la rive gauche du Drac, une zone de Protection des espaces agricoles et naturels périurbains (PAEN) concerne plus de 12 500 hectares. Le PAEN favorise l’agriculture et sécurise l’installation de nouveaux exploitants en Isère.
35 hectares. C’est la surface de terres agricoles qui disparaissent chaque année sur la métropole grenobloise, selon l’Observatoire foncier partenarial de l’Isère. Et 30 hectares supplémentaires de terrains agricoles sont acquis chaque année par des particuliers pour un usage d’agrément, ce qui risque de s’accompagner d’une perte d’usage agricole.
Pour contrer ce phénomène de disparition progressive de l’activité agricole autour des zones urbaines, le Département de l’Isère propose de mettre en place des périmètres de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels périurbains, dits "PAEN". La commune de Sassenage a été la deuxième de l’Isère et la toute première de la métropole grenobloise à se doter d’un PAEN.
"Le PAEN permet de protéger les espaces agricoles de la pression foncière, en les bloquant pour une durée indéterminée, explique Jean-Pierre Serrailler, adjoint au maire de Sassenage. Les agriculteurs peuvent ainsi mieux se projeter sur le long terme."
Le succès a rapidement été au rendez-vous : depuis 2020, la plaine du nord de Sassenage a connu un véritable essor. "Des éleveurs, des maraîchers se sont installés. On a vu fleurir plusieurs serres, la plantation de 1 200 noyers… Avant l’établissement du PAEN, les agriculteurs n’osaient pas avoir cet esprit d’investissement pour développer ces cultures ici", constate Jean-Pierre Serrailler.
Depuis, les PAEN ont essaimé au pied des falaises du massif du Vercors, sur 9 autres communes, depuis Fontaine jusqu’à Miribel-Lanchâtre, et plus de 12 500 hectares d’espaces agricoles et naturels sont désormais préservés.
L’élaboration du PAEN a porté à la fois sur le projet de périmètre à l’échelle de parcelles et sur un programme d’actions précisant notamment les orientations de gestion destinées à favoriser l'exploitation agricole, la préservation des milieux naturels et forestiers, et le lien avec la population locale. De nombreux acteurs du territoire, élus, agriculteurs, forestiers, acteurs de l’environnement, ont été associés à la construction du programme d’actions, que Grenoble Alpes Métropole et la Chambre d’agriculture coaniment, avec des financements du Département de l’Isère.
Un outil de développement pour le territoire
En reconversion dans l’agriculture, Renaud Cartillier s’est installé sur des terrains familiaux à Vif, il y a six ans, pour établir La Ferme du Petit Brion. Éleveur de 1 500 volailles de chair en plein air, qui seront vendues en circuits courts de proximité, il a adopté sur son exploitation un mode de production agroécologique.
Les cabanes mobiles où logent ses volailles, notamment des poules de race cou nu du Forez, des dindes noires et des pintades, sont déplacées sur sa parcelle pour occuper régulièrement des zones jusque-là non utilisées pour l’élevage. "Cette pratique conduit à une baisse naturelle de la pression parasitaire et bactérienne, explique-t-il. Je n’ai pas besoin de traiter mes volailles, elles sont naturellement en bonne santé."
Renaud Cartillier étudie aujourd’hui diverses opportunités de développement. Par exemple étoffer son offre avec des œufs fermiers, s’attacher à la vente directe, et à la plantation de haies et d’arbres pour délimiter et protéger sa parcelle. Il entend aussi communiquer davantage auprès des habitants sur l’importance de son activité.
Le programme d’actions du PAEN peut permettre de l’accompagner dans ces projets. "Il y a plein de choses à faire dans ce cadre-là, acquiesce l’éleveur. C’est important de pouvoir susciter des vocations et l’établissement durable d’agriculteurs, proches des bassins de vie. Surtout quand on voit le succès des produits locaux et fermiers, en circuits de proximité."
Reportage vidéo
Une forte dynamique de création de PAEN en Isère
La protection des terres agricoles par les documents d’urbanisme (SCoT et PLU) ne s’exerçant qu’à court et moyen termes, le PAEN, outil de compétence départementale, permet d’agir sur le long terme. Il contribue à lutter contre la perte de foncier agricole, en préservant les espaces et en apportant des moyens pour agir à travers un programme d’actions.
Les PAEN sont créés sur les communes qui en font la demande, dans une dynamique partenariale, en premier lieu avec les agriculteurs. "La mise en place des PAEN est le fruit d’un partenariat gagnant-gagnant avec les différents partenaires, fait valoir Cyrille Madinier, vice-président du Département de l’Isère en charge de l’agriculture. Après un triplement du nombre d’hectares en PAEN en Isère en 2024, les surfaces durablement protégées de l’urbanisation ont encore augmenté de plus de 60 % en 2025." Elles concernent désormais plus de 27 000 hectares sur 32 communes : dans le Grésivaudan, sur Grenoble Alpes Métropole, Porte de l’Isère (CAPI) et Voreppe.
"Il faut souligner le rôle moteur des communes pour s’impliquer dans une vision à long terme et accompagner les exploitations agricoles d’aujourd’hui et de demain, insiste Cyrille Madinier. Le PAEN fait partie des maillons qui facilitent la pérennité des investissements et la transmission des exploitations."