Alpes IsHere Mag #17

Hiver 2025 / 2026

Isère, l'appel des sommets

Pour ce numéro spécial altitude, la rédaction invite dans ses pages Simon Parcot, écrivain et philosophe marcheur installé dans la vallée du Vénéon.

Ses livres, Le bord du monde est vertical et Le Chant des pentes (romans), ainsi que Carnet de Guides (documentaire graphique et littéraire), sont une ode à la montagne et un hommage à ceux et celles qui l’habitent.

« Lors de mon installation en Vénéon, la vie d’altitude a d’abord été pour moi une manière de prendre un peu de hauteur sur la vie, d’habiter au pays des ancêtres, de fuir la frénésie du monde, de retrouver la pesanteur du temps, de m’in...

Pour ce numéro spécial altitude, la rédaction invite dans ses pages Simon Parcot, écrivain et philosophe marcheur installé dans la vallée du Vénéon.

Ses livres, Le bord du monde est vertical et Le Chant des pentes (romans), ainsi que Carnet de Guides (documentaire graphique et littéraire), sont une ode à la montagne et un hommage à ceux et celles qui l’habitent.

« Lors de mon installation en Vénéon, la vie d’altitude a d’abord été pour moi une manière de prendre un peu de hauteur sur la vie, d’habiter au pays des ancêtres, de fuir la frénésie du monde, de retrouver la pesanteur du temps, de m’installer au milieu des crocs acérés de la beauté. Comme beaucoup, mes escapades pentues me procurèrent plusieurs extases physiques, esthétiques et intellectuelles. L’effort fourni pour arpenter les versants transforma mes tracas en sueur, cultiva ma volonté, rythma mes réflexions, rabota mes pensées.

C’est seulement après plusieurs années en fond de vallée que je compris toute l’exigence de la vie d’altitude. Car vivre toute l’année au rythme de la pente, c’est vivre à l’image du relief, c’est-à-dire selon un paradoxe. En effet, la vie pentue est marquée par une succession de contradictions, d’ambivalences et d’oscillations aussi franches que la taille des montagnes : la verticalité irrite et apaise, tend et détend, repose et excite, nous livre le soleil en abondance ou au contraire, nous prive de sa lumière. La pente peut rendre ivre de joie puis nous plonger dans une sévère mélancolie. Elle inquiète et rassure, ouvre et enferme, emprisonne et libère, accélère et freine, vitalise et engourdit, rend humble et orgueilleux, contient nos existences ou déferle sur nos routes, isole les habitants des hautes vallées, tout en renforçant en même temps leur solidarité.

Aujourd’hui, mon rapport à la pente a perdu de son romantisme. La montagne est devenue un lieu de travail et de vie, le théâtre du quotidien. Désormais, je parcours les pentes non plus seulement par plaisir, mais aussi par nécessité. Pourtant, il m’arrive encore de revenir à elles comme on revient à un yoga : lors des périodes agitées, elles m’aident à éclaircir mes pensées. Enfin, lorsque je sens l’orgueil, la vanité et « l’hubris » que les activités d’altitude peuvent provoquer, je tente de me rappeler que les pentes nous invitent surtout à ralentir, et à faire preuve d’une grande humilité. »

Pour ce numéro spécial altitude, la rédaction invite dans ses pages Simon Parcot, écrivain et philosophe marcheur installé dans la vallée du Vénéon.

Ses livres, Le bord du monde est vertical et Le Chant des pentes (romans), ainsi que Carnet de Guides (documentaire graphique et ...

Pour ce numéro spécial altitude, la rédaction invite dans ses pages Simon Parcot, écrivain et philosophe marcheur installé dans la vallée du Vénéon.

Ses livres, Le bord du monde est vertical et Le Chant des pentes (romans), ainsi que Carnet de Guides (documentaire graphique et littéraire), sont une ode à la montagne et un hommage à ceux et celles qui l’habitent.

« Lors de mon installation en Vénéon, la vie d’altitude a d’abord été pour moi une manière de prendre un peu de hauteur sur la vie, d’habiter au pays des ancêtres, de fuir la frénésie du monde, de retrouver la pesanteur du temps, de m’installer au milieu des crocs acérés de la beauté. Comme beaucoup, mes escapades pentues me procurèrent plusieurs extases physiques, esthétiques et intellectuelles. L’effort fourni pour arpenter les versants transforma mes tracas en sueur, cultiva ma volonté, rythma mes réflexions, rabota mes pensées.

C’est seulement après plusieurs années en fond de vallée que je compris toute l’exigence de la vie d’altitude. Car vivre toute l’année au rythme de la pente, c’est vivre à l’image du relief, c’est-à-dire selon un paradoxe. En effet, la vie pentue est marquée par une succession de contradictions, d’ambivalences et d’oscillations aussi franches que la taille des montagnes : la verticalité irrite et apaise, tend et détend, repose et excite, nous livre le soleil en abondance ou au contraire, nous prive de sa lumière. La pente peut rendre ivre de joie puis nous plonger dans une sévère mélancolie. Elle inquiète et rassure, ouvre et enferme, emprisonne et libère, accélère et freine, vitalise et engourdit, rend humble et orgueilleux, contient nos existences ou déferle sur nos routes, isole les habitants des hautes vallées, tout en renforçant en même temps leur solidarité.

Aujourd’hui, mon rapport à la pente a perdu de son romantisme. La montagne est devenue un lieu de travail et de vie, le théâtre du quotidien. Désormais, je parcours les pentes non plus seulement par plaisir, mais aussi par nécessité. Pourtant, il m’arrive encore de revenir à elles comme on revient à un yoga : lors des périodes agitées, elles m’aident à éclaircir mes pensées. Enfin, lorsque je sens l’orgueil, la vanité et « l’hubris » que les activités d’altitude peuvent provoquer, je tente de me rappeler que les pentes nous invitent surtout à ralentir, et à faire preuve d’une grande humilité. »

Simon Parcot Ecrivain et philosophe